link2fleet : Quel impact concret cette crise a-t-elle provoqué sur votre activité ?

Vincent Henneaux : Notre activité de vente s’est stoppée net vu que la plupart des sociétés – clients ou prospects – se sont arrêtées de fonctionner ou ont uniquement gardé en vie leur activité prioritaire. Toutes les opérations nécessitant un contact physique (livraisons, inspections, restitutions) ont également été postposées vu le contexte et  notamment la fermeture des concessionnaires.

l2f : Quel type de mesures avez-vous mises en place ?

V.H. : Chez KBC Autolease, le télétravail a été généralisé pour toutes les fonctions. Vu que les ‘sales’ se retrouvaient au chômage ‘forcé’ nous les avons formés sur un certain nombre d’autres tâches afin qu’ils puissent se rendre utiles à d’autres départements de l’entreprise. Pour garder une cohérence et un fil rouge, des visioconférences ont été organisées de manière régulière.

Vincent Henneaux : « La crise pourrait induire un nouveau modèle de mobilité où l’équilibre vie privée/vie professionnelle et la santé de la planète seraient les grands bénéficiaires.»

Postposer le retour des véhicules

l2f : Au moment de la reprise des activités, quels sont les challenges que vous rencontrez ?

V.H. : On se rend compte tout d’abord qu’une importante majorité de sociétés sont en souffrance après le passage de cette crise. Surtout les plus petites structures ne possédant pas l’assise financière des grands groupes. Le risque ‘crédit’ a brutalement augmenté sur bon nombre de clients, d’où un avis presque généralisé dans la profession d’essayer de postposer au maximum les retours de véhicules. Nous n’avons actuellement que peu de recul sur le comportement du marché de l’occasion, d’où cette volonté de limiter les risques au maximum. Un autre défi se joue aussi du côté des concessionnaires qui doivent mettre les bouchées doubles pour rattraper l’important retard lié à la fermeture. Il est clair que tous les clients ne pourront pas être servis dans les délais initialement prévus.

l2f : Le télétravail pourrait-il se généraliser dans les entreprises luxembourgeoises ?

V.H. : Nous en sommes les témoins vivants, le télétravail bien organisé fonctionne. Je pense toutefois qu’il y a des limites et que des collaborateurs d’une même entreprise doivent se voir physiquement à intervalles réguliers pour pouvoir être pleinement efficaces. Donc oui, il s’agit clairement d’une bonne piste, mais il ne faut pas négliger la situation particulière du Grand-Duché qui accueille chaque jour 220.000 frontaliers. Il faudra que les règles fiscales des pays voisins s’assouplissent afin d’obtenir de plus larges possibilités de travail à domicile pour les Belges, les Allemands ou les Français.

l2f : Et avec quel effet sur la voiture de société ?

V.H. : Télétravail rimera indubitablement avec moins de kilomètres parcourus et une plus grande fluidité du trafic. Alors que la moyenne tourne aujourd’hui autour de 32.000 km par an pour les frontaliers, on pourrait voir cette moyenne tomber à 25.000 km avec, à la fois, des avantages pour l’équilibre famille/boulot et l’écologie, tout en préservant la productivité garante d’une économie saine. Nous adapterions nos modèles si bien que cette diminution des kilomètres parcourus ne constituerait pas un manque à gagner pour les loueurs. Et puis, il n’y aura pas forcément moins de voitures, mais elles rouleront moins.

l2f : Cette crise va-t-elle nous apporter son lot d’opportunités sur le plan de la mobilité ?

V.H. : Assurément ! Le transport en commun et les voitures partagées risquent de faire momentanément les frais de l’opération. Les gens vont se montrer prudents. Temporairement nous pourrions par conséquent enregistrer une augmentation du transport en voiture personnelle. Mais je crois surtout que cette crise va agir comme un effet d’accélérateur pour une mobilité ‘à côté’ de la voiture. Le vélo pourrait jouer un rôle très intéressant dans cette nouvelle équation de mobilité. En tant que loueur, c’est très valorisant de pouvoir participer à cette évolution.