Monsieur le Premier ministre,

C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons suivi votre déclaration sur l’état de la nation le 8 octobre dernier. Vous vous en rappelez certainement, selon un sondage pré-électoral de TNS-Ilres, la mobilité était un des thèmes décisifs pour le vote lors des élections législatives 2018. Les usagers attendent des solutions avec impatience. Si dans votre déclaration vous faites le constat des problèmes rencontrés au niveau de la mobilité, qu’il s’agisse des émissions ou des embouteillages notamment, nous regrettons que les solutions proposées soient peu nombreuses et peu précises. Nous nous permettons pour cela de vous rappeler quelques-unes des propositions concrètes que l’ACL n’a eu de cesse de promouvoir ces dernières années :

  • Dans votre discours, vous parlez notamment de la nécessité d’investir dans l’infrastructure. Sachez, Monsieur le Premier ministre, que l’ACL vous soutient dans cette réflexion. Nous constatons que les annonces de projets se multiplient. Mais malheureusement, pour beaucoup, elles ne semblent pas dépasser le stade de projet. Qu’il s’agisse des grands P+R des deux côtés de la frontière qui seront nécessaires pour promouvoir l’utilisation des transports en commun ou le recours au covoiturage notamment auprès des 200 000 frontaliers qui tous les jours entrent dans le pays, qu’il s’agisse des pistes cyclables pouvant permettre au vélo de jouer un rôle réel dans la mobilité quotidienne (Bertrange est un exemple de l’absence d’une telle infrastructure aux portes mêmes de la capitale), qu’il s’agisse des contournements qui permettront d’augmenter la qualité de vie et la sécurité à l’intérieur des agglomérations,… les projets au Luxembourg souffrent d’une lourdeur administrative et d’une infinité de procédures qui ne semblent à chaque fois aboutir qu’à de nouvelles formalités. Le Luxembourg doit se donner les moyens d’avancer pour pouvoir faire face dès maintenant aux nombreux défis et doit donc simplifier ses procédures pour plus d’efficience.
  • Une étude a récemment démontré que les déplacements liés au travail et à l’école étaient la cause principale des embouteillages. Or, nous le savons tous, les usagers, les dirigeants d’entreprises, les directeurs d’école et même les communes, ne comprennent pas toujours les tenants et aboutissants de la problématique « mobilité » ni les alternatives existantes et leur fonctionnement. C’est pour cela que l’ACL recommande la création d’une fonction de « Mobility Manager » au sein des entreprises ou toute autre institution concernée, afin de conseiller sur les options de mobilité les plus adéquates et de proposer des solutions concrètes pour améliorer la mobilité au quotidien.

Cette recommandation résulte d’une formation spécifique de trois jours menée par l’ACL avec l’Université du Luxembourg et qui a démontré la pertinence d’une telle fonction. L’information et la formation jouent un rôle important, tant pour l’évolution des habitudes de mobilité que pour la sécurité des usagers de la route, sous quelque forme que ce soit. L’ACL estime pour cela que la thématique a largement sa place dans les écoles.

  • Vous avez fait, Monsieur le Premier ministre, référence à l’importance de la recherche et du développement dans le secteur automobile et au rôle que le Luxembourg, au travers notamment de l’Automotive Campus, sera amené à jouer. Et pourtant, votre gouvernement mise exclusivement sur l’électrique. Vos ministres n’ont de cesse de rappeler que l’avenir sera multimodal et que la solution unique n’existe pas et pourtant lorsqu’il s’agit de motorisations, des alternatives comme le CNG ne sont pas considérées et rien n’indique si oui et comment votre gouvernement comptera soutenir les alternatives actuellement en développement comme l’hydrogène ou les carburants synthétiques. Or ces solutions pourraient être une alternative pour ceux qui ne veulent plus recourir aux carburants traditionnels et pour lesquels l’électrique n’est pas encore la réponse adaptée. L’ACL estime pour cela qu’une politique neutre du point de vue technologique sera plus efficace et qu’elle permettra le développement de solutions futures et une plus grande adhésion des usagers à ces solutions, puisqu’ils pourront trouver celle qui convient le mieux à leurs besoins.
  • Nous nous réjouissons de la bonne santé des finances publiques et du maintien d’un niveau élevé des investissements, nous devons néanmoins rappeler qu’aujourd’hui les automobilistes nationaux et étrangers contribuent fortement à cette situation. Une hausse des accises pour orienter les clients étrangers vers les stations-service au-delà des frontières, touchant le plus durement ceux qui n’ont pas encore une alternative viable à l’automobile et qui ont dû s’éloigner de leur lieu de travail faute de pouvoir accéder à un logement à proximité ou même dans notre pays, n’est pas une solution. Au contraire, l’ACL soutient la mise en place d’un « budget mobilité » pour inciter à la multimodalité et à la mobilité partagée. Transports en commun et covoiturage (carpooling) par exemple sont freinés par un système où la voiture de fonction représente la seule alternative de rémunération « mobilité » en nature.

Dans l’espoir que notre réflexion rencontrera votre approbation et votre soutien, nous restons à votre disposition pour toute question complémentaire et pour avancer ensemble sur ces dossiers, et vous prions de croire, Monsieur le Premier ministre, à l’expression de nos sentiments dévoués.