Le 24 mars dernier, le gouvernement prorogeait le régime d’aides financières ‘Clever fueren’ de douze mois supplémentaires jusqu’au 31 mars 2022, tout en prévoyant une allocation plus ciblée des primes.

« Résolument orienté vers la mobilité à zéro émissions de CO2 et la mobilité active, le régime ‘Clever fueren’ continuera à promouvoir les véhicules motorisés électriques purs, à pile à combustible à hydrogène et – pour une durée limitée – les véhicules hybrides rechargeables dits “plug-in”, ainsi que les vélos et cycles à pédalage assisté, » a expliqué l’exécutif dans son communiqué à la presse.

Les primes à l’achat de véhicules plug-in hybrides (PHEV) passeront ainsi de 2.500 € à 1.500 €, pour disparaître en 2022. Elles s’appliqueront aux véhicules commandés entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2022 et dont la première mise en circulation a lieu avant la fin 2022. https://www.link2fleet.lu/allocation-plus-ciblee-des-primes-a-lachat-de-vehicules-electrifies/?cookie-consent=1

Par contre, l’aide financière de 8.000 euros du programme “Neistart Lëtzebuerg” est maintenue pour les voitures 100% électriques. « Sous réserve toutefois que leur consommation d’énergie électrique ne dépasse pas 18 kWh/100 km, valeur respectée par environ 75% des voitures électriques pures nouvellement immatriculées en 2020, » explique le communiqué gouvernemental. Au-delà de ce seuil, le montant de la prime tombe à 3.000 euros.

Une dimension sociale est désormais intégrée dans le processus d’octroi des primes.

 

« Pas écoutés »

Cette dernière disposition contrevient aux attentes du secteur, et plus particulièrement de la House of Automobile (HoA), qui regroupe les fédérations des professionnels de l’automobile : la FEDAMO (concessionnaires), la FEBIAC (constructeurs et importateurs) et mobiz (loueurs).

« La décision est quelque part irréfléchie. » explique Gerry Wagner porte-parole de l’asbl. « Dans ses calculs, le ministère n’a pas pris en compte la situation du marché électrique du moment, qui regroupe des gros et des petits véhicules uniquement ».

Pour Gerry Wagner, porte-parole de la HoA, la décision du gouvernement ne tient pas compte de la situation réelle sur le terrain.

 

Toujours selon la HoA, l’exécutif n’a pas non plus tenu compte de la clientèle actuelle essentiellement composée d’’early adopters’ et de mordus de l’e-mobilité, prêts eux à payer plus cher un véhicule 100% électrique.

Pour la majorité des autres personnes branchées par l’électrique, les gammes de voitures moyennes devraient bientôt arriver. Seul couac, leur consommation monte au-dessus des 18 kWh/100 km, avec pour certaines un pic à 18.1 seulement. Une maigre différence qui se traduira pour ces acheteurs par une prime réduite, alors que l’incitation vise à la base ce segment de clientèle moins fortuné.

Pour Guido Savi, président de la FEBIAC, la nouvelle mesure est à la fois « incohérente » par rapport à la volonté gouvernementale d’incitation à l’e-mobilité. « Elle est également discriminatoire, car le passage du thermique à l’électrique reste encore une surcharge financière importante – de 10 à 16.000 euros selon le véhicule – pour beaucoup d’automobilistes, » note-t-il.

Lors d’un récent webinaire organisé par link2fleet, Dominique Roger, le président de Mobiz était revenu sur l’électrification des flottes d’entreprises. Les investissements étant plus élevés que pour le thermique, « il est donc important de maintenir le système de prime, dans une phase transitoire vers le tout électrique, qui permet d’amortir cet écart de prix consenti pour de la mobilité plus verte, » avait-il insisté. « D’autant que le prix plus élevé de ces véhicules génère des primes d’assurance plus chères ». https://www.link2fleet.lu/expert-session-link2fleet-2021-annee-de-tous-les-defis/

« Nous sommes très proches du marché : nous savons ce que les vendeurs racontent, nous connaissons les attentes et les craintes des clients. Et pour ce qui est du leasing, nous connaissons également les exigences des sociétés, et on essaie de trouver la bonne solution, » ajoutent MM. Wagner et Savi. « Et pourtant : malgré toutes nos explications, les ministres ne nous ont pas écoutés. Avec cette disposition dissuasive, nous pensons que beaucoup plus de clients resteront au moteur thermique ».

Guido Savi et la Febiac regrettent l’abandon prochain des primes pour les véhicules PHEV.