Où en est le Grand-Duché du Luxembourg aujourd’hui, dans l’électrification du parc automobile ? Et comment les sociétés de leasing peuvent-elles accompagner leurs clients B2B et B2B2C dans cette démarche ? Le 30 septembre dernier Link2Fleet consacrait un webinaire sur le sujet, intitulé « Réussir la transition énergétique de votre flotte ».

Organisé en partenariat avec ALD Automotive, Arval Luxembourg, BMW-Mini, KBC Lease Luxembourg, LeasePlan, Losch et Polestar, l’événement était modéré par Stijn Blanckaert, Senior Editor chez Autonieuws.be.

Marchés mouvementés

Dressant un état des lieux des marchés résidentiel et professionnel dans ce domaine, Daniel Peters (Enovos Services Luxembourg) a tout d’abord expliqué que ces deux segments se caractérisent encore par des besoins en digitalisation, en automatisation, mais aussi en fiabilisation des flux et en services de qualités. « Ces attentes nécessitent des infrastructures électriques et informatiques adaptées, notamment pour l’identification des utilisateurs, pour la vitesse de charge, ou encore en termes de roaming, » a-t-il commenté.

Pour y répondre, « les professionnels doivent quant à eux concilier investissements lourds en amont, et offre de solutions flexibles à leurs clients et personnels, » a-t-il ajouté. « Alors que la clientèle résidentielle (unifamilial et multi-résidentielle) reste un marché de masse, mais aux besoins et infrastructures hétérogènes ».

Quant à l’offre de bornes de charges publiques, « les services de support et la qualité des informations fournies par les différents opérateurs de roaming, manquent, » a-t-il continué, regrettant que « le développement du marché libre reste encore mouvementé ».

 

Décalage étatique

Véronique Bourgois (General Manager d’Arval Luxembourg) est revenue sur l’impact du Green Deal proposée par la Commission européenne pour les loueurs européens.

Le pacte vert instaure une réduction de 55% des émissions de CO2 d’ici 2030 et l’arrêt de la production de véhicules thermiques pour 2035. A cette fin, le Plan National Environnement et Climat (PNEC) luxembourgeois vise 49% de véhicules particuliers 100% électriques d’ici 2030.

« La réalisation de ces objectifs passera forcément par les loueurs, » constate Mme Bourgois, qui rappelle que 85 à 90% des charges de véhicules se font au domicile ou sur le lieu de travail des salariés. Et que dans les deux cas l’installation des bornes reste à la charge des loueurs, qui ne bénéficient pourtant d’aucune prime étatique.

« Nous pensons donc en tant que loueurs, que ce n’est pas aux entreprises seules de supporter ces coûts supplémentaires, » insiste-t-elle. « Il existe donc aujourd’hui un décalage entre cette ambition étatique de 49% de véhicules électriques, et la prise en charge financière visant à assurer cette puissance de charge ».

 

Confusion sur les primes
Les particuliers bénéficient d’aides financières à l’acquisition d’un véhicule électrifié. Mais leurs règles d’attribution sont trop souvent et trop rapidement revues, selon Dominique Roger. Actuellement, la prime est fixée à 8.000 euros pour une consommation fixée à 18 kWh/100 km ; au-dessus de cette barre, l’aide baisse à 3.000 euros.

« Cela crée de la confusion, » note le CEO ALD Automotive Luxembourg. « Et beaucoup de conducteurs ne comprennent pas cette notion de consommation, et ne sont pas habitués à parler de KWh, mais plutôt de litres au 100 ou de grammes de CO2 ».

Autre problème, les dates butoirs fixées pour les primes : « Il existe une grosse problématique de délais de livraisons ; et nos clients sont inquiets, car ils ne sont pas sûrs de pouvoir recevoir cette prime, » ajoute M. Roger. « Nous avons discuté avec les autorités qui ne se prononcent pas clairement en faveur d’un assouplissement. Les opérateurs énergétiques, les constructeurs et les loueurs, ont fait leur boulot. On aimerait aussi que les politiques fassent le job correctement et de manière efficace ».

 

TCO trop complexe

Pour Vincent Henneaux, le CEO de KBC Lease Luxembourg, les primes limitent certes la différence entre l’investissement et la valeur résiduelle du véhicule électrifié ; mais ne suffisent pas à amortir son prix d’achat.

Aussi, pour les entreprises, le calcul du Total Cost ownership (TCO) devient plus complexe à effectuer. Avant de prendre leur décision d’achat, celles-ci doivent se rappeler que la consommation d’énergie reste un coût : « Faire 100 km avec un moteur diesel ou électrique coûtera en théorie sensiblement la même chose, » précise-t-il. « Mais le TCO d’un véhicule électrique dépend aussi des habitudes de consommation et de conduite du conducteur ».

Il précise en effet, que le prix du KWh pourra varier de 1 à 4, bien plus que celui du carburant fossile : « Selon le lieu et l’heure de charge, mais aussi les tarifs des différents opérateurs sur les réseaux publics, ou encore en fonction du temps de charges, car les bornes plus rapides sont plus onéreuses, » détaille-il. « Avant l’achat, il est donc important que les entreprises connaissent ces aspects et revoient leur ‘car policy’ en conséquence ».

Entre opportunités et craintes

Pour Joël Fernandez, managing Director chez Leaseplan, l’ADN des sociétés de mobilité est d’accompagner les solutions et innovations technologiques et digitales, en matière d’offre de leasing automobile. Elles doivent aussi s’adapter aux nouvelles tendances de leurs clientèles, notamment celle qui depuis plusieurs années privilégie l’usage et non plus la propriété du véhicule.

« Désormais elles intègrent la dimension énergétique, aux solutions sur mesure existantes en termes de financement et de prestations de services liés à l’automobile, » note-t-il.

Toutefois, il reconnaît que pour les clients, une telle transformation génère, des investissements accrus en temps et financiers, mais aussi des incertitudes et des craintes, voire des risques.

« Aujourd’hui le leasing s’est adapté de manière rapide à ces défis : il reste la meilleure solution pour passer à cette électromobilité. En formant leurs équipes, et offrant des conseils et des services dédiés, en développant leurs systèmes informatiques et de gestion des données, les acteurs de la mobilité pourront mieux accompagner leurs clients dans cette transition, » prévoit-il.