Une technologie vieille de près de 200 ans est-elle sur le point de révolutionner les transports? À l’heure où la mobilité propre est devenue un enjeu économique et social crucial pour nos sociétés, l’hydrogène offre une alternative séduisante aux carburants actuels, tout comme aux batteries électriques.

Réunis par le Luxembourg AutoMobility Cluster, industriels et universitaires de toute l’Europe ont partagé leurs dernières avancées dans ce domaine lors de la conférence «Hydrogen: hype or real business opportunities?», organisée le jeudi 21 février au Casino 2000 de Mondorf-les-Bains.

L’une des conclusions issues des présentations est que les techniques pouvant mettre à profit les avantages de l’hydrogène ont atteint un stade de maturité suffisant pour permettre à ce carburant de s’imposer rapidement sur le marché. Mais, au fait, de quoi parle-t-on?

 

Une densité énergétique élevée

L’hydrogène est un gaz capable de stocker de l’énergie électrique et offre une densité énergétique supérieure à celles des énergies fossiles ou des métaux rares utilisés pour les batteries. En d’autres termes, un kilogramme d’hydrogène renferme deux fois plus d’énergie que dans l’équivalent d’un kilogramme d’essence et plus de 1.000 fois plus que dans une batterie électrique d’un kilogramme.

Un autre avantage de l’hydrogène est qu’après sa combustion, il rejette uniquement de l’eau et donc ni gaz carbonique ni particules fines. Enfin, s’agissant d’un gaz, il peut être stocké dans un réservoir et il faut moins de cinq minutes pour faire le plein, contre plus de dix minutes lorsqu’il s’agit de recharger les batteries d’une voiture électrique.

L’hydrogène est donc capable d’offrir des autonomies bien plus importantes que celles des batteries électriques, sans l’inconvénient du poids et du stockage de ces dernières à l’intérieur du véhicule. Une solution forcément séduisante pour l’industrie automobile.

Un réseau de stations encore embryonnaire

«Ces dernières années, nous sommes passés d’une logique d’offre à une logique de demande autour de l’hydrogène», explique le professeur Daniel Hissel, directeur du FC Lab à Belfort. «Notre laboratoire est la plus grosse structure de recherche publique dans ce domaine de l’Union européenne et nous travaillons avec les principaux constructeurs et équipementiers européens.»

Le développement de l’hydrogène ne correspond toutefois pas à la mort des batteries électriques. Au contraire. Il s’agit de deux technologies parfaitement complémentaires selon les spécialistes. «Les batteries restent très intéressantes pour les petites distances, notamment en ville, et elles ont l’avantage de pouvoir récupérer l’énergie des freinages, ce que ne peut pas faire l’hydrogène» , argumente Daniel Hissel.

Mais où peut-on faire le plein? Il existe aujourd’hui 152 station d’hydrogène en Europe, réparties dans 14 pays. Et 45 autres devraient être installées d’ici 2022 dans le cadre du projet H2ME, mené par une association de partenaires publics et privés et financé en partie par l’Union européenne. «Il ne s’agit pas d’un hype, mais d’une réalité bien en place», estime Hechem Nadjar, spécialiste des énergies alternatives pour le pétrolier Shell, qui croit fort dans le développement de l’hydrogène. Et d’ajouter: «Le réseau va se développer rapidement en Europe.»

Les énergies fossiles encore impliquées

L’industrie automobile ne demande pas mieux pour accélérer la commercialisation de nouveaux modèles électriques utilisant une pile combustible, l’élément nécessaire à la transformation de l’hydrogène en énergie électrique. À l’heure actuelle, trois industriels proposent ce type de véhicules: Toyota, Honda et Hyundai. Les constructeurs européens devraient bientôt s’y mettre, alors que les acteurs plus petits cherchent aussi à se positionner.

La société luxembourgeoise Move2 propose d’adapter des kits hydrogène à des petits véhicules électriques, tels des utilitaires urbains. «L’avantage de notre solution est qu’elle ne nécessite pas le développement d’un nouveau véhicule, mais s’adapte à la structure existante et peut être immédiatement fonctionnelle», note Jean-Luc Hannosset de Moxhe, le directeur général de Move2. «Aucune homologation supplémentaire n’est nécessaire.»

 

“À l’heure actuelle, l’énergie issue de source renouvelable produite en France suffirait à faire rouler à l’hydrogène 20% du parc automobile français.”

 

L’entreprise a développé un kit pour le modèle Sevic 500, du fabricant Cenntro. «Pour nous, travailler avec ce type de partenaire est une aubaine, car toutes les villes veulent disposer de ces petits véhicules électriques. Or l’hydrogène améliore nettement leur performances par rapport aux batteries», ajoute le chef d’entreprise. «Pour pallier l’absence de lieux de recharge d’hydrogène, nous avons développé une station mobile que nous allons bientôt commercialiser.»

Le seul point noir au tableau idyllique de l’hydrogène est qu’à l’heure actuelle, 95% de sa production sont issues d’énergie fossile et donc émettrices de gaz à effet de serre. L’enjeu consiste à inverser cette proportion pour produire un hydrogène 100% propre. «Aujourd’hui, l’énergie issue de sources renouvelables produites en France suffirait à faire rouler à l’hydrogène 20% du parc automobile», conclut le professeur Daniel Hissel.

 

Source : Luxinnovation