link2fleet : Ce fameux objectif d’être sous la barre des 95g de CO2 fin 2020 au risque de payer des amendes colossales hante l’esprit de tous les constructeurs, vous empêche-t-il aussi de dormir la nuit ?

Jean-Philippe Imparato : Au risque de vous surprendre, je suis un patron très serein, car nous sommes fin prêts. Les projections faites au Q4 ont été réalisées sur le terrain au gramme près (93 gr). Ce qui nous permet d’aborder cette année 2020 en totale confiance.

l2f : Comment peut-on se préparer pour un tel objectif ? On a l’impression de demander à un novice n’ayant jamais couru d’être prêt pour un marathon.

JPI : La préparation, en marche depuis que les seuils sont connus, se déroule à 3 niveaux. Un, au niveau des produits. Nous avons choisi pour notre part de ne pas créer de modèles spécifiques, mais bien d’électrifier l’ensemble de la gamme existante. La 208 en est le plus bel exemple. Un véhicule identique proposé dans tous les types de motorisations. Deux, au niveau des process. Nous avons tout mis en œuvre pour que tout ce qui sort de l’usine soit ‘compliant’. Trois, au niveau des concessionnaires. Ceux-ci sont ‘endoctrinés’ par une stratégie articulée autour des 4 paramètres cruciaux que sont la qualité, le CO2, le profit et les parts de marché. Le tout amène une culture générale au sein de l’entreprise qui fait que l’on ne dépassera pas les seuils autorisés. 

En 2025 il n’y aura plus de diesel

l2f : Tous les experts s’accordent à dire que la véritable impulsion pour la réussite de la stratégie d’électrification devra être donnée par les flottes. Êtes-vous de cet avis ?

JPI : Plutôt deux fois qu’une. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle notre groupe a dessiné sa stratégie d’électrification en collaboration avec tous les grands clients et les loueurs à une échelle internationale. Nous avons littéralement construit nos offres avec eux. 

l2f : Et pourtant on remarque toujours une grande frilosité du marché B2B face à l’électrification. Qu’en déduisez-vous ?

JPI : Les réticences se situent principalement au niveau de l’infrastructure. Les sociétés souhaitent avoir tous leurs apaisements sur le fait que les conducteurs électriques pourront charger où et quand ils le souhaitent. Nous leur devons donc cet engagement de simplification. Notre approche se tourne par conséquent et naturellement vers une solution de mobilité complète où l’on propose systématiquement une alternative aux déplacements qui ne seraient pas conçus pour l’électrique.

l2f : Comme tous les grands patrons, vous devez posséder une petite boule de cristal dans un tiroir de votre bureau. Comment voyez-vous l’avenir ?

JPI : Là, ce n’est pas ma boule de cristal qui vous parle, mais bien JPI… Nous vivons une période de rupture fondamentale et nous sommes tous dans la même barque. La révolution est en marche et il faudra oser changer nos habitudes quitte à sortir de sa zone de confort. Aujourd’hui, le fleet manager qui continue à faire rouler ses collaborateurs en motorisation diesel à Paris est un criminel. 

l2f : Et puisque vous évoquez précisément le diesel, comment voyez-vous son avenir ?

JPI : Eh bien, pour lui, il n’y a plus d’avenir ! En 2025, on ne vendra plus de moteurs diesels. Il n’y a qu’à jeter un œil sur la direction vers laquelle évolue la législation, qu’elle soit locale, nationale ou supranationale pour comprendre qu’il n’y a plus d’avenir pour ce type de carburant fossile. Et à terme, c’est également l’essence qui va disparaître. Comment voulez-vous diminuer les émissions de 50% en 2030 sans enlever le moteur thermique de l’équation ?

Quand on vous disait que le patron de Peugeot n’avait pas sa langue dans sa poche…