Opel et le légendaire Nürburgring sont inséparables, car leur histoire s’est croisée à de multiples reprises. En 1969, Opel faisait sa rentrée dans le monde du sport automobile, après les grandes années d’avant-guerre émaillées de nombreuses victoires sur les circuits. Le constructeur de Rüsselsheim fêtait ainsi son retour en organisant sa première coupe de marque au Nürburgring, organisée avec le concours de l’Automobilclub von Deutschland (AvD) lors de la réunion du Grand Prix d’Allemagne. De nombreux titres glanés dans les rallyes nationaux et internationaux et les championnats de voitures de tourisme allaient suivre.

Cette année Opel fait revenir ses voitures de légende au Nürburgring à l’occasion du 42e Grand Prix Oldtimer, dont AvD est à nouveau l’organisateur. La marque de Rüsselsheim présentera 17 voitures de compétition, couvrant plus de 100 ans de sport automobile. Le véhicule le plus ancien est une Opel Motorwagen 10/12 PS de 1903, et le plus récent est une Corsa OPC de l’actuelle quatrième génération. Les modèles qui ont marqué les championnats de tourisme et le rallye au cours des années 1960 et 70, comme la Rekord C « Black Widow » (ou « Veuve Noire », la Kadett Rallye, la Manta A Irmscher, l’Ascona B Groupe 2 et ou la Kadett C GT/E seront présentes pour faire le lien entre passé et présent.

Corsa : une source de sensations fortes

Alors que la cinquième génération de Corsa est dans les starting-blocks pour sa première mondiale au Salon de Paris au début d’octobre, les premières versions sportives de la Corsa joueront les vedettes de leur côté au Nürburgring. Pour faire honneur à la devise de cette année « Corsa, old and yellow » (Corsa, l’ancienne en jaune), les Corsa A Spider, Corsa A Cup et Corsa A GSi, ainsi des modèles plus récents tels que la Corsa C Rallye, la Corsa Race Camp ou l’actuelle Corsa OPC, seront toutes présentes.

La Corsa A traction avant de 1982 sera accompagnée d’un prototype remarquable. Avant même la présentation officielle de la nouvelle petite Opel à l’été 1982, la Corsa Spider donnait un avant-goût d’une version sportive du modèle. La Corsa Spider, une 4 places découvrable, pouvait se transformer en une deux-places ou même une monoplace, grâce à des éléments de carrosserie en fibres de verre. La Spider était dotée, côté conducteur, d’un appuie-tête caréné dans le style des voitures de course des années 1950. Avec ses extensions d’ailes proéminentes, ses projecteurs cachés une glace fumée courant sur toute la largeur et sa peinture blanc perlé, la Spider était le produit typique de son époque.

La version Corsa Cup fit ses débuts en 1983. La Kadett D et la Corsa A s’affrontaient à cette époque dans le cadre de l’ONS Opel Junior Cup, qui succédait à la Kadett Cup lancée en 1979, à destination des amateurs et des nouveaux talents du pilotage. La Kadett 1.3 développait 75 ch, tandis que la Corsa Cup affichait 70 ch. Les premières courses et épreuves de rallye eurent lieu en 1985, avec des prix qui pouvaient atteindre un total de 100.000 marks. Le vainqueur de la Junior Cup reçut une Corsa 1.3 S à la fin de la saison. En 1988, fut lancée une nouvelle Corsa en haut de gamme : la Corsa A GSi recevait un moteur 1,6 litre de 101 ch qui lui permettait d’atteindre 186 km/h. Elle fut maintenue dans la gamme Corsa jusqu’en 1992, jusqu’à ce que la nouvelle génération de Corsa, la B, soit lancée sur le marché.

La Corsa C arriva en 2000, et la version Corsa Super 1600 fit ses débuts au salon automobile d’Essen la même année. Cette nouvelle Corsa de rallye était propulsée par un quatre-cylindres 1,6 litre 16 soupapes développant 200 ch. Comme les modèles qui l’avaient précédée, ses concepteurs l’avaient voulue abordable pour permettre au plus grand nombre de se lancer dans la compétition sur piste ou sur circuit.

L’actuelle quatrième génération de Corsa OPC est disponible depuis 2007. Avec son moteur à quatre cylindres turbocompressé de 1,6 litre, la version la plus sportive et la plus extrême de la Corsa D affiche 192 ch. Au Nürburgring, sous les couleurs d’Opel en version Corsa OPC ou OPC Race Camp, elle a représenté aussi une possibilité de courir sur circuit avec une Opel sans se ruiner.

Les anciennes : elles ont fait briller le nom d’Opel sur la scène des grands prix

Trois Opel de course historiques sont exposées pour commémorer la naissance du sport automobile à Rüsselsheim. La plus ancienne est basée sur la première Opel, la Motorwagen 10/12 PS produite en 1903. Cette année-là, un exemplaire de ce type remporta la catégorie « Light » Classe II (pour les véhicules jusqu’à 10 ch) lors d’une épreuve courue sur l’hippodrome de Niederrad à Francfort, en Allemagne. Elle était pilotée par Fritz Opel, avec à la place du copilote le célèbre pilote Opel Carl Jörns, qui remporta par la suite quelque 288 épreuves. La version exposée de la 10/12 PS de course blanche a été restaurée par Opel Classic et est la reproduction précise du véhicule historique de 1903.

Le second véhicule est une véritable voiture de Grand Prix de 1913. Ce précurseur des Formule 1 d’aujourd’hui était un parangon de modernité à son époque. Elle disposait d’un quatre cylindres à 16 soupapes (montées en V inversé) de 4,0 litres, et d’un arbre à cames en tête entraîné par un renvoi vertical.

La voiture de compétition et de record de 12,3 litres fut créée un an plus tard. Elle était basée techniquement sur la Grand Prix de 1913, et utilisait également un système sophistiqué de distribution à quatre soupapes. Avec son énorme moteur, ce véhicule unique de 260 ch était un monstre de sophistication : aucune autre voiture dans l’histoire d’Opel n’a pu se vanter de présenter une cylindrée plus importante que ce bolide géant de 1914, qui a fait sa première course sur circuit seulement après la fin de la Première guerre mondiale. En 1926, Opel arrêtait son engagement officiel en sport automobile.

Les jaunes : la nouvelle couleur des stars du rallye et du circuit

Le retour d’Opel en compétition automobile se fit en catimini. Le 15 septembre 1968, une Opel Rekord de 150 ch s’alignait sur la grille d’une épreuve de Groupe 5 à Zolder en Belgique. Personne ne savait à ce moment que cette Rekord C spéciale avait été construite à l’insu de la direction Opel – même si, officieusement, elle avait reçu un appui technique très net au sein de l’entreprise.

L’idée d’une Opel de compétition était venue des nouveaux designers vedettes du constructeur, Charles « Chuck » Jordan et Anatole Lapine. Sous la direction de Lapine, la Rekord fut construite dans l’atelier « Advanced Studio» au centre de style d’Opel à Rüsselsheim. L’objectif était d’éveiller l’intérêt du public et d’orienter son attention sur les nouvelles versions sportives au catalogue d’Opel, comme la Kadett Rallye et l’Opel GT. La base choisie pour courir était une berline deux portes Rekord C 1700, dont la livrée noire et l’« Opel Eye » jaune rappelaient les véhicules-fusées RAK 2 d’Opel des années 1920.

En dépit de quelques succès, ce type de support usine à la compétition était sans issue. De plus, General Motors avait eu connaissance des activités clandestines d’Opel et après la fin de saison, le projet fut stoppé. Un an plus tard, Opel était enfin autorisé à organiser sa première coupe officielle. Quarante ans plus tard, la reconstruction de la « Black Widow » ou la « Veuve noire » était entreprise sous l’égide d’Opel Classic à Rüsselsheim, à l’aide de la définition et des dessins ayant guidé la fabrication du modèle original.

A partir de ce moment, les voitures de compétition d’Opel allaient porter la couleur jaune qu’avaient adoptée Steinmetz et Irmscher, les préparateurs d’Opel, au lieu du noir. Les voitures de rallye de Rüsselsheim commencèrent à s’illustrer sous une livrée noire et jaune, puis blanc et jaune en Championnat d’Europe et dans les championnats nationaux, tant sur asphalte que sur terre. Sept voitures exposées dans le paddock du Nürburgring par Opel Classic illustrent cette ère du sport automobile Opel.

Ce fut la Kadett B qui inaugura cette période faste. En 1970/71, Steinmetz à Rüsselsheim décida de proposer un pack compétition pour la Kadett Rallye 1900. Un châssis réglé différemment, un équipement intérieur modifié et l’utilisation du moteur 106 ch de l’Opel Rekord C Sprint : la Kadett Rallye 1900 Sprint était née. Le suédois Anders Kulläng figurait parmi les pilotes qui ont commencé leur carrière professionnelle au volant d’une Opel Kadett B, au sein du team parrainé par le réseau Opel suédois.

La Manta A préparée par Irmscher fut un autre acteur important de la « génération yellow » de la collection présentée par Opel Classic. Répondant aux spécifications du Groupe 2, le coupé exposé est similaire à la voiture pilotée par Rauno Aaltonen et Walter Röhrl, des grands noms du rallye qui remportèrent à son volant en 1975 les 24 heures de Spa en Belgique.

Une Ascona A est également exposée. Sur la même base technique que la Manta, c’est une voiture de légende qui a marqué la compétition automobile chez Opel. En 1974, Walter Röhrl et son copilote Jochen Berger remportaient le Championnat européen des rallyes sur une Ascona A de 206 ch engagée par le team des concessionnaires européens Opel. L’année suivante, ils inscrivaient encore leurs noms dans les annales du sport automobile en remportant le Rallye de l’Acropole en Grèce, donnant à Opel sa première victoire dans une épreuve du championnat du monde. Le successeur de l’Ascona en rallye fut la Kadett C GT/E, qui fait partie aussi des classiques de Rüsselsheim. Sa sœur jumelle jaune et blanche, la Kadett C GT/E coupé, s’illustra en championnat d’Allemagne de rallye. Achim Warmbold et Willi-Peter Pitz étaient au volant de cette voiture proche de la série engagée en Groupe 1. En 1976, les victoires remportées par la Kadett C GT/E dans cette catégorie permirent à Opel de se hisser à la place de numéro 2 des constructeurs au Championnat du monde des Rallyes.

En 1979, la Kadett était remplacée par l’Ascona B et, pour la deuxième fois depuis 1974, un team Opel remportait le Championnat européen des Rallyes. Après 17 épreuves, Jochi Kleint et son copilote Gunter Wanger emportaient le titre au général. La voiture victorieuse, une Opel Ascona i 2000 de 175 ch répondant à la réglementation des « Tourismes spéciales », est passée directement du podium à la collection historique d’Opel. Restaurée dans les ateliers d’Opel Classic, elle porte encore les stigmates de la lutte acharnée sur asphalte et sur terre. Mais sa motorisation a été soigneusement révisée et remise dans son état d’origine.

L’exposition des célèbres anciennes Opel de compétition est complétée par un coupé Commodore B GS/E. En 1973, Walter Röhrl et son copilote Jochen Berger faisaient leurs débuts dans le Rallye de Monte-Carlo à bord d’une voiture identique, engagée par le team compétition Irmscher.