Face aux grandes tendances actuelles en matière de véhicules électriques et hybrides au Luxembourg, l’année 2021 s’annonce riche en nouveaux défis pour les flottes d’entreprises. Pour y voir un peu plus clair, link2fleet organisait un webinaire en mars dernier, en partenariat avec le groupe LOSCH (réseau Volkswagen), avec l’expertise de Daniel Debrouwer, Managing Partner chez Eurofleet Consult, et de Dominique Roger, Country Manager d’ALD Automotive et président de Mobiz (Rental and Mobility Business Association), l’asbl représentant au Luxembourg les principaux acteurs du leasing opérationnel.

Animant le débat, Marc Demoulin, rédacteur en chef de link2fleet, est tout d’abord revenu sur les immatriculations de voitures neuves dans le pays. Covid oblige, leur nombre est passé de 50.008 en 2019, à 45.189 unités en 2020.

Sur la période, le marché enregistre toutefois une hausse des ventes d’hybrides (de 14,3 à 23,1%) et d’électriques (de 5.4% à 6.6%), au détriment du diesel et de l’essence, en forte baisse. Une évolution qui illustre selon lui « un changement de cap clair ».

La part de marché des véhicules électrifiés explose au Grand Duché.

 

Pour Daniel Debrouwer cette évolution s’inscrit dans une stratégie européenne de réduction des émissions de CO2 d’ici 2030. S’il note pour 2020 une diminution forte des grammages de CO2 par kilo – de 175 à 147 pour les véhicules utilitaires et de 120 à 95 pour les véhicules personnels – « le processus n’en est qu’à ses débuts, » a-t-il insisté. « Pour atteindre ces objectifs, il faudra donc produire et vendre plus de véhicules électrifiés ».

Spécificités politiques

Une tendance que Dominique Roger observe également au Luxembourg : « Les constructeurs sont obligés de revoir leur offre de véhicules, face aux contraintes financièrement pénalisantes et à l’opinion publique. »

Avec selon lui une spécificité nationale toutefois : une pression politique renforcée par la présence de 3 ministres verts au gouvernement, à l’Energie, à l’Environnement, et à la Mobilité et aux Travaux publics – « dont les dispositions poussent à terme vers une automobile plus propre, » a-t-il précisé. Sans oublier les dispositifs fiscaux actuels qui soutiennent l’immatriculation des véhicules verts.

Pour le président de Mobiz l’électrification des flottes d’entreprises s’accélére entrainant pour conséquence une hausse rapide du prix des véhicules : « Le prix net d’un contrat de leasing en 2018 était en moyenne de 34.000 euros, contre 40.000 euros en 2021 ».

Pour Dominique Roger, le verdissement du parc est aussi la conséquence d’une pression politique significative.

 

Les investissements étant plus élevés que pour le thermique, « il est donc important de maintenir le système de prime, dans une phase transitoire vers le tout électrique, qui permet d’amortir cet écart de prix consenti pour de la mobilité plus verte, » a insisté ce dernier. « D’autant que le prix plus élevé de ces véhicules génère des primes d’assurance plus chères ».

Pour M. Debrouwer, si les électriques sont effectivement plus onéreuses à l’achat, il convient de calculer précisément leur coût de détention total ou ‘Total Cost of Ownership’ afin de pouvoir réaliser une comparaison pertinente.

Aussi, M. Roger estime qu’il est important d’intégrer le volet fiscal dans le calcul pour contrebalancer un surcoût de l’ordre de 20% : « les primes sont donc appréciables, pour les loueurs également. On attend donc la décision prochaine du gouvernement ».

Daniel Debrouwer estime qu’il faut raisonner en termes de TCO pour mesurer si un véhicule électrique est plus coûteux à l’usage.

 

Douches froides pour les flottes

Autre inquiétude sur la prime, la précarité des délais de livraisons due à la Covid : l’achat d’un véhicule avant le 31 mars, mais livré après le 31 décembre prochain, ne serait plus éligible. Pour Mobiz, ces aléas pourraient bien freiner les ventes de voitures électriques.

Autre incertitude pour le marché du leasing : l’arrêt de la Cour de Justice de l’UE sur la TVA des voitures de société. https://www.link2fleet.lu/moteurs-propres-la-commission-sommee-de-mettre-le-turbo/

Tout aussi important pour MM Debrouwer et Roger, la réforme fiscale en vigueur dès 2022, qui pourrait bien bouleverser le dispositif actuel de l’avantage en nature. « Certaines mesures allant à l’encontre des véhicules de fonction pourraient pousser les salariés à délaisser les véhicules de société et à acheter leur propre voiture, » ont-ils estimé.

Selon eux, l’impact serait important pour le secteur automobile luxembourgeois, les frontaliers préférant acquérir et faire entretenir leurs automobiles près de leur lieu de résidence, plutôt qu’au Grand-Duché. Outre les effets économiques, la mesure pourrait aussi générer moins de rentrées fiscales pour le pays.

« L’idée est de voir les choses de manière assez sereines et complètes, afin d’éviter la mise en place de mesures pénalisantes. Il faut donc rester prudent et vigilant, » ont conclu les deux experts.

Frank Dillschneider, Head of Fleet au sein de LOSCH Business Center Kirchberg (LBCK), le département fleet de LOSCH, a lui indiqué que le réseau Volkswagen continuait à soutenir les sociétés de leasing automobile dans leur démarche vers les flottes électriques, avec de nouveaux véhicules 100% électriques.

« Dans un environnement changeant et très exigeant, le sujet n’a jamais été aussi important. Aussi, tous ensemble, en tant qu’acteurs du marché devons trouver des solutions pour nous adapter à ces nouveaux défis, » a-t-il insisté.

Pour Frank Dillschneider (à droite), les primes gouvernementales sont à la base de l’intérêt pour les motorisations électrifiées.

Revoir le webinaire : https://app.livestorm.co/mmm-business-media/webinar-2021-annee-charniere-pour-une-transition-energetique-au-sein-des-flottes/live?s=a5ada0d3-d7b0-4287-8d9e-3893df2bd5cf#/chat

 

Pour vous inscrire à la prochaine session avec pour thème “Fiscal update/Energy Transition” le 30 septembre prochain, rendez-vous ici.