link2fleet : Quels impacts a laissé la crise Covid-19 sur votre activité ?  

Bruno Magal : La filière entière du secteur automobile, ainsi que tous les acteurs – équipementiers et sous-traitants – gravitant autour, a été durement impactée par le ralentissement voire l’arrêt complet de toute la chaîne de production et de consommation. Cela s’est rajouté à un contexte économique déjà difficile pour le secteur automobile qui a subi, en début d’année, une baisse du marché européen de 7.4% (1). L’automobile va devoir s’adapter de manière structurelle aux nouvelles attentes de ce « monde d’après », pour y gagner en agilité afin d’améliorer sa résilience en cas de crise. Parmi les tendances qui se dessinent, on remarque le besoin d’être plus en adéquation avec les attentes écologiques, d’accélérer la transformation digitale et d’adapter l’expérience client aux normes sanitaires.

link2fleet : Quelles mesures avez-vous prises pour faire face ?

Bruno Magal : Pour les acteurs du secteur automobile, la priorité a été donnée à la promotion des aides financières mises en place par le gouvernement afin de s’assurer qu’ils maîtrisent et utilisent les leviers les plus adéquats à leur situation respective. Nous avons également relayé les études et conseils du réseau KPMG Global Automotive, dont le blog suivant « Auto sectors : plan in waves » (2). Il est intéressant de voir que la reprise en Chine, depuis mi-mars, peut nous éclairer sur l’évolution du secteur, et à ce que nous pouvons nous attendre dans les prochains mois. Tant du point de vue de la demande et de la production que des attentes des consommateurs. Grâce au réseau KPMG, nous échangeons régulièrement avec nos homologues en Chine ou en Europe pour prendre le pouls du secteur et en dégager des tendances.

link2fleet : Dans quelles conditions se déroule le redémarrage de vos activités ?

Bruno Magal : Le redémarrage se déroule dans un contexte déjà difficile pour le secteur automobile. Ces 18 derniers mois, nous avons pu constater que le cycle haussier entamé en 2010 s’est interrompu. Dès 2018, le recul de la demande chinoise couplée à un durcissement des normes d’homologation des nouveaux véhicules, notamment pour satisfaire les objectifs CO2, a fortement pesé sur les revenus du secteur. Dans ce contexte déjà difficile, la pandémie crée une crise dont l’ampleur n’avait jamais pu être observée. 95 des 103 usines européennes ont été mises à l’arrêt en mars et avril afin d’assurer la sécurité des employés.

link2fleet : Quels sont les plus gros challenges rencontrés lors de ce redémarrage ?

Bruno Magal : Il faut rester vigilant, car la fin progressive du confinement ne signifie pas la fin des difficultés financières pour les entreprises et les consommateurs. Après cette première vague, l’activité de production va reprendre doucement son nouveau rythme de croisière. Mais si le rythme de consommation reste à un niveau significativement inférieur à la production, une récession plus importante pourrait survenir et des modifications profondes et fondamentales seront à réaliser pour s’adapter. Dans un autre registre, le télétravail s’est imposé partout où il était possible, y compris dans l’automobile. Au Luxembourg, une pétition a même été lancée pour intégrer le télétravail au Code du travail. Mais ce changement sociétal nécessite de repenser les procédures opérationnelles, les aspects RH, l’infrastructure IT pour les rendre efficaces dans la durée.

link2fleet : Quels changements/opportunités à long terme pensez-vous que cette crise pourra provoquer dans votre secteur à court terme et de la mobilité ?

Bruno Magal : La crise sanitaire a permis d’avoir un aperçu grandeur nature de l’impact d’un monde sans voiture. La pollution a diminué partout dans le monde. Mais l’arrêt du trafic routier n’a pas diminué proportionnellement la pollution. Des pics de pollution à l’ozone ont même été relevés en Belgique le 9 mai, et une alerte pollution à Paris le 18 mars. En y regardant de plus près, il s’avère que dans ces 2 cas, les sources de pollution provenaient d’éléments beaucoup moins  évidents : comme l’impact sur la pollution de l’air du chauffage domestique, de l’agriculture et de l’influence de la météo particulièrement peu venteuse ce jour-là à Paris. L’opportunité à saisir est de définir une nouvelle feuille de route basée sur des éléments rationnels et scientifiques plus poussés qui permettrait de jalonner les marches vers un monde plus responsable. Ces dernières années, deux principes se côtoyaient sans jamais se rencontrer : les défenseurs des énergies fossiles et les partisans des énergies renouvelables. Il fallait choisir l’un ou l’autre, chacun tenant un discours bien rodé avec des arguments pertinents et judicieux. Néanmoins, la transition vers 100% d’énergie renouvelable ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra sans doute faire coexister dans la nouvelle feuille de route les deux systèmes, l’un soutenant l’autre, du moins pendant une certaine période de transition. Le « monde d’après » ne pourra pas être différent s’il se base sur des concepts et théories du « monde d’avant ». La crise sanitaire nous montre l’importance d’avoir une approche rationnelle et scientifique dans notre combat contre le virus. Le combat contre la pollution devra s’en inspirer pour être tout aussi rationnel et scientifique. Ce qui était loin d’être le cas avant la crise…


1. https://www.strategie-bourse.com/marche-automobile-baisse-fevrier.html

2. https://home.kpmg/xx/en/blogs/home/posts/2020/04/automotive-two-recession-waves-ahead.html